Jean-Luc Mélenchon se classe deuxième dans les trois hypothèses du nouveau baromètre Cluster17 pour Politico, devant Édouard Philippe lorsque celui-ci est testé. Mais son rejet progresse, tandis que celui de Marine Le Pen recule. C’est le paradoxe de cette enquête : être bien placé pour accéder au second tour et disposer de réserves pour le gagner sont deux choses différentes.

Réalisée du 19 au 22 octobre auprès de 3 000 personnes et publiée le 26 octobre, l’étude permet aussi de hiérarchiser les barrages. Lorsqu’un seul objectif doit être retenu, empêcher un pouvoir dominé par LFI arrive devant le barrage au RN. Faire partir le bloc central se situe nettement derrière, ce qui ne signifie pas que ses candidats suscitent l’adhésion.

Ce qu’il faut retenir :

  • Le Pen reste largement en tête, entre 30,5 et 33 %. Mélenchon est deuxième dans les trois hypothèses, entre 18,5 et 19,5 %, malgré un léger recul dans les deux scénarios comparés à septembre.
  • Le rejet suit deux directions opposées : 69 % excluent de voter pour Mélenchon, en hausse de trois points ; 52 % pour Le Pen, en baisse de quatre points.
  • Le barrage anti-LFI est le premier objectif de 43 % des répondants, contre 30 % pour le barrage anti-RN et 14 % pour empêcher le maintien du bloc central.
  • La sécurité progresse fortement parmi les attentes, à 31 % des citations, soit huit points de plus. L’immigration ne suit pas le même mouvement.

Mélenchon deuxième, surtout parce que Philippe recule

Dans l’hypothèse où Édouard Philippe représente le bloc central face à Raphaël Glucksmann à gauche, Marine Le Pen obtient 33 %, Jean-Luc Mélenchon 18,5 %, Philippe 16 % et Glucksmann 13 %. Par rapport à septembre, Le Pen gagne deux points, Philippe en perd trois et Mélenchon recule d’un demi-point.

Le changement de hiérarchie entre Mélenchon et Philippe tient donc d’abord au recul de Philippe. Le candidat insoumis ne progresse pas dans ce scénario : il résiste mieux que son concurrent pour la deuxième place.

Lorsque Gabriel Attal remplace Philippe, il est mesuré à 12 %, derrière Glucksmann à 14 %. Mélenchon obtient alors 19,5 %, contre 32,5 % pour Le Pen. Changer de candidat ne suffit donc pas, dans les configurations testées, à replacer le bloc central en deuxième position.

Premier tour · Cluster17, du 19 au 22 octobre 2026, 3 000 personnes interrogées
CandidatH1Philippe, GlucksmannH2Glucksmann, AttalH3Philippe, Lisnard, Hollande
Marine Le Pen 33 % +232,5 % +1,530,5 %
Jean-Luc Mélenchon 18,5 % −0,519,5 % −0,519,5 %
Édouard Philippe 16 % −3non testé17 %
Raphaël Glucksmann 13 % +114 % =non testé
Gabriel Attal non testé12 % −1,5non testé
Bruno Retailleau 8 % +0,510 % +0,57 %
David Lisnard non testénon testé8 %
François Hollande non testénon testé6,5 %
Éric Zemmour 4 % +0,54 % +0,53,5 %
Nicolas Dupont-Aignan 3 % =3,5 % +0,53 %
Marine Tondelier 2 % −0,52 % −0,52,5 %
Fabien Roussel 2 % =2 % −0,52 %
Nathalie Arthaud 0,5 % =0,5 % =0,5 %

Chaque colonne est une hypothèse de candidatures ; un tiret signale un candidat absent de la liste testée. En gras, les deux premiers de chaque hypothèse. En petit, l’écart en points avec la vague Cluster17 du 16 septembre 2026.

La troisième hypothèse introduit François Hollande et David Lisnard. Le Pen y obtient 30,5 %, Mélenchon 19,5 % et Philippe 17 %. Lisnard est mesuré à 8 %, contre 7 % pour Bruno Retailleau. Cet écart d’un point ne suffit pas à établir une avance solide. Comme plusieurs candidatures changent simultanément, ce scénario ne permet pas non plus d’isoler l’effet de la seule présence de Lisnard.

Le rejet de Mélenchon augmente, celui de Le Pen diminue

À la question du vote totalement exclu, 69 % des répondants écartent Jean-Luc Mélenchon, soit trois points de plus que dans la vague précédente. Le rejet de Marine Le Pen recule de quatre points, à 52 %. Ces évolutions sont celles indiquées dans le rapport.

Les deux candidats restent rejetés par une majorité, mais les mouvements sont opposés. Mélenchon conserve un socle qui le place deuxième au premier tour, tout en voyant davantage de répondants fermer la porte à un vote en sa faveur. Le Pen cumule une première place dans les intentions de vote et un recul de cette exclusion.

Le mot « barrage » résume cette différence, à condition d’en préciser la portée : exclure de voter pour une personnalité ne dit pas comment on voterait dans un duel donné. L’enquête ne teste aucun second tour. Elle montre un obstacle au rassemblement, sans mesurer directement les reports de voix.

Le bloc central reste rejeté, mais son départ est moins prioritaire

C’est l’un des résultats les plus éclairants de l’étude. Les répondants doivent choisir, parmi trois objectifs, celui qu’ils privilégieraient s’ils ne pouvaient en atteindre qu’un seul :

  • 43 % choisissent d’empêcher l’arrivée au pouvoir d’un camp dominé par LFI et ses alliés.
  • 30 % choisissent d’empêcher l’arrivée au pouvoir d’un camp dominé par le RN et ses alliés.
  • 14 % choisissent d’empêcher le maintien du camp central formé par les partis ayant soutenu Emmanuel Macron.

Le départ du bloc central mobilise donc moins que les deux autres objectifs lorsqu’il faut arbitrer. Cela lui laisse potentiellement un argument de second choix : des électeurs peuvent ne pas souhaiter sa victoire tout en préférant faire barrage à un autre camp.

Ce résultat ne signifie pourtant pas que le bloc central est peu rejeté. Dans une autre question, sans obligation de choisir entre les camps, 61 % jugent très important d’empêcher le bloc central d’accéder au pouvoir, en lui attribuant une note de 7 à 10. Cette proportion atteint 60 % pour LFI et 55 % pour le RN.

La différence porte sur la priorité accordée au rejet. Le centre suscite une forte opposition, mais celle-ci passe souvent après un autre barrage. Ses faibles scores de premier tour montrent aussi que cette position ne se transforme pas automatiquement en soutien électoral.

Les électeurs du centre et de droite ne hiérarchisent pas les barrages de la même façon

Le détail par électorat aide à comprendre le résultat national. Parmi les personnes déclarant une intention de vote pour Philippe, 56 % privilégient le barrage anti-LFI, contre 35 % le barrage anti-RN. Chez les électeurs potentiels de Retailleau, les proportions sont de 81 % contre 7 %.

À gauche, la hiérarchie s’inverse. Parmi les électeurs potentiels de Glucksmann, 61 % choisissent d’abord d’empêcher le RN d’accéder au pouvoir, contre 25 % pour LFI.

Ces réponses suggèrent des difficultés de rassemblement différentes selon l’adversaire. Une candidature peut être bien placée au premier tour tout en suscitant, dans les autres électorats, une volonté prioritaire de lui faire obstacle. Ces sous-échantillons restent toutefois plus incertains que les résultats d’ensemble et ne constituent pas des intentions de vote de second tour.

Le Pen domine aussi le pronostic de victoire

Indépendamment de leurs préférences, 49 % des répondants désignent Marine Le Pen comme la personnalité ayant le plus de chances de gagner, soit trois points de plus que dans la vague précédente. Mélenchon est cité par 11 % et Philippe par 10 %, ce dernier perdant six points.

Ce chiffre mesure une anticipation des répondants : il ne donne ni un score électoral ni une probabilité de victoire calculée. Il souligne néanmoins la difficulté de Philippe à incarner une alternative perçue comme gagnante.

L’image de Le Pen apporte un autre éclairage. Parmi les six personnalités évaluées, elle obtient la meilleure note sur l’étoffe présidentielle, à 4,3 sur 10, et sur la compréhension de la vie des gens, à 4 sur 10. Ces notes restent faibles dans l’absolu. Le risque de dérive autoritaire qui lui est attribué demeure élevé, à 5,7 sur 10, contre 6,6 pour Mélenchon.

La sécurité monte, sans hausse parallèle de l’immigration

La sécurité atteint 31 % des citations parmi les trois attentes prioritaires, en hausse de huit points. Elle rejoint la maîtrise des finances publiques et de la dette, également à 31 %, devant le pouvoir d’achat à 28 %, en recul de cinq points.

L’immigration reste une préoccupation importante, à 25 %, mais perd un point. La hausse de la demande de sécurité ne se confond donc pas avec une progression de la priorité migratoire. Santé et environnement reculent chacun de cinq points, à 18 et 17 %.

Ces résultats décrivent une compétition entre les sujets que les répondants souhaitent voir traiter en priorité. Ils ne signifient pas que les sujets moins cités ont cessé de les préoccuper. L’enquête ne permet pas davantage d’attribuer ces évolutions à un événement précis de l’actualité.

Comment lire cette enquête

L’étude a été réalisée en ligne par Cluster17 pour Politico, du 19 au 22 octobre 2026, auprès de 3 000 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Le rapport indique, pour cet échantillon global, des marges d’erreur de référence allant de 0,8 point pour un résultat de 5 % à 1,8 point autour de 50 %. L’incertitude est plus importante sur les sous-échantillons. Les petits écarts et les évolutions d’une vague à l’autre doivent être interprétés avec prudence.

Les intentions de vote, l’exclusion d’un vote, la hiérarchie des barrages et le pronostic de victoire répondent à des questions différentes. Leur rapprochement éclaire les forces et les fragilités des candidatures ; aucun de ces indicateurs ne prédit à lui seul l’issue de la présidentielle.

Source : baromètre Cluster17–Politico d’octobre 2026, rapport complet transmis à PrésiTracker : intentions de vote, pages 5, 9 et 13 ; vote exclu, page 18 ; barrages, pages 19, 23 et 25 ; image et pronostic, pages 26–27 ; attentes, page 31. Les résultats de premier tour sont également publiés par Cluster17.

Pour suivre les évolutions : les fiches de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen et d’Édouard Philippe, ainsi que tous les sondages de la présidentielle 2027.